Marguerite Bordet – Peintre

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Liste des expositions à l’AMAC :
L’AMAC fête ses 30 ans / Marguerite Bordet

Présentation

Entretien avec Marguerite BORDET

H.S. : Hervé Sérane M.B. : Marguerite Bordet

H.s. : Pourriez-vous nous parler de votre enfance et de la naissance de votre passion pour le dessin?

M.B. : Dès l’âge de cinq ans, il me semblait aussi naturel de dessiner que de parler. A la maison, je dessinais beaucoup mais personne n y prêtait attention. Mon père refusait d’entendre les encouragements des professeurs de dessin à mon égard n’ayant aucune estime pour les artistes. Puis je me suis mariée très jeune, à l’âge de dix-sept ans, et j’ai abandonné le dessin à l’exception de quelques croquis de mode pour les journaux.
Mais, je sentais bien que quelque chose un jour se produirait qui me permettrait de m’épanouir véritablement dans le dessin. Il s’agissait d’un sentiment à la fois diffus et présent, un sentiment de destin.Je sentais cela depuis mon enfance mais il me fallait attendre. j’avais bien conscience que le moment n’était pas encore venu.

H.5. : Vous vous consacrez à cette nouvelle vie …

M.B.: Ce rôle de jeune maman m’a sans aucun doute beaucoup apporté et a enrichi ma personnalité. Des années se sont écoulées sans pour autant que j’abandonne l’idée de pouvoir un jour me consacrer entièrement au dessin. Je visitais des expositions. Puis, vers la trentaine, lorsque mes filles furent assez grandes, j’ai eu davantage de temps libre et je suis allée m’inscrire à l’Académie de la Grande Chaumière pour apprendre les techniques de la peinture. Mais, je me sentais très loin de la peinture telle qu’on la pratiquait. j’ai tout de même appris certaines bases durant deux ou trois ans avant de continuer seule. j’ai également étudié avec le sculpteur Volti. Ce travail de sculpture, ce contact avec la glaise m’a passionné.

H.S. : Et ce fut votre exposition sur l’Egypte en 1954 …

M.B. : Oui, mais je n’ai pas vraiment été satisfaite. Je souffrais d’être trop perfectionniste et je me sentais comme bloquée. C’est dans ce contexte que je découvris l’œuvre de C-G JUNG. Ce fut une révélation et je compris que le désir de faire trop bien mutilait en réalité une partie de moi-même. j’avais fait un rêve important qui m’avait fait comprendre que j’étais en danger psychique parce que je ne sortais pas ce que j’avais en moi et cela finissait par m’étouffer. C’est à ce moment là que j’ai été prise d’une rage de détruire. Il fallait que je détruise mon ancienne personnalité afin que la nouvelle puisse naître. Je me suis acharnée sur mes dessins renversant l’encre à pleines mains. j’ai déchiré, cassé, sali volontairement et c’était un tel soulagement d’agir ainsi. Progressivement, la lumière est venue. j’ai gardé quelques dessins enchevêtrés d’encre. j’en ai détruit la plupart.
Puis, j’ai mis sur mes dessins un peu de pastel à l’huile qui les coloriait légèrement. A l’époque, je représentais toujours des êtres ailés s’envolant. Je ressentais une véritable Libération. j’éprouvais enfin la joie de peindre. Je pouvais exprimer tout ce qui venait de moi-même ce qui me semblait comme être soufflé par une force spirituelle.

H.S. : A partir de 1963, votre œuvre a pris une dimension nouvelle.

M.B.: Oui. j’ai fait une exposition en 1962 des dessins que j’avais sauvés représentant ces êtres rejetant leurs liens.

H.S. : Vous avez dû passer par l’Œuvre au Noir pour que la Lumière sorte.
M.B.: L’Œuvre au Noir. C’est exactement cela de 1961 à 1962.

H.S. : Puis ce fut la découverte de l’Italie.

M.B.: Oui, tout particulièrement Florence où je me suis rendue plusieurs fois. L’Italie de la Renaissance m’a beaucoup touchée.

H.S. : Et les grands Romantiques: Turner, John Martin, Friedrich ont-ils eu une influence sur vous ?

M.B. : Oui. Plus tard, je suis allée à Londres et j’ai eu la révélation des Romantiques anglais. C’était en 1975-1976 à la Tate Gallery. Ce fut un émerveillement.

H.S. : Comment travaillez-vous? Je veux dire comment la Vision naît elle? Et surtout comment concevez-vous la Lumière de vos œuvres?

M.B.: Vous savez que je commence ma peinture par des taches. Quelquefois je couvre complètement et tout est sombre. Mais alors c’est plus fort que moi, je ne peux pas supporter qu’il n y ait pas une ouverture. Immédiatement, je place une Lumière. j’ai besoin de l’ombre pour faire ressortir la Lumière. Je commence donc par l’ombre pour créer cette Lumière.
Je ne puis définir pourquoi j’ai tant besoin de cette Lumière. C’est plus fort que moi. C’est une chose qui me domine sans que je puisse l’expliquer intellectuellement. C’est pour moi une nécessité absolue de rechercher la Lumière dans l’obscurité.

H.S. : Vous sentez que la Lumière gît dans l’obscurité et qu’Elle attend pour être révélée.

M.B. : Oui. Il faut ouvrir comme on ouvre une fenêtre. Il faut révéler. j’enlève les taches qui obscurcissent ma peinture pour retrouver le fond lumineux de la toile.

H.S. : Le blanc vient du fond de la toile. Vous n’en rajoutez ensuite que très peu.

M.B. : Je ne peins qu’avec des couleurs transparentes et je passe plusieurs couches de glacis pour conserver cette lumière.

H.S. : Vous êtes connue comme l’artiste fidèle aux Anges …

M.B. : Comme je vous le disais, cela a commencé avec des êtres ailés qui n’étaient pas spécialement des anges, plutôt des Victoires ailées réalisées durant la période de Délivrance dont nous avons parlé. Les anges sont venus ensuite révélant à la fois un autre monde tout en étant des Conseillers dans celui-ci. Mon plus grand sentiment de la présence de l’un de ces Etres se produisit à Florence. Je ne l’oublierai jamais.

R.S.: Vous avez eu la chance durant toutes ces années d’avoir été entièrement libre pour créer. Cela vous a préservé des modes comme de la volonté de plaire pour parvenir à créer un univers qui devrait susciter un très grand attrait pour les futures générations. Elles pourront percevoir quelque chose de profondément authentique, comme une empreinte de l’âme.

M.B. : j’ai peint ce que je sentais au plus profond de moi-même, spontanément sans savoir pourquoi. Je me suis trouvée en réalité très tard mais la Vie a pu nourrir ainsi mon travail jusqu’à l’épanouissement. Et, aujourd’hui encore, même à un âge avancé, j’ai conservé intact le désir et la joie de créer.

Quelques oeuvres (cliquez sur les vignettes pour les agrandir)

LES EXPOSITIONS DE Marguerite Bordet

1947 Paris, Galerie Claude
1951 Paris, Galerie Breteau - Le Caire, Galerie Adam - Alexandrie, l'Atelier
1954 Paris, Galerie Simone Bdinier
1955 Le Caire, l'Atelier
1959 Paris, Galerie A. Weil
1960 Genève, Galerie Motte
1962 Paris, Galerie de Marignan
1964 Paris, Galerie Ror Volmar
1966 San Rafael (U.SA) Musée International
1966 Cagnes-sur-Mer, Galerie du Château
1968 Paris, Galerie Ror Volmar
1972 Paris, Galerie d'Art Matignon
1972 Deauville, Galerie Coutureau

1972 Villeneuve-sur-Lot, Centre Culturel
1973 Saint-Paul-de-Vence, Musée
1974 Bordeaux, Galerie Pierre de Tartas
1975 Bièvres, Moulin de Vauboyen
1975-1976 Cagnes-sur-Mer, Château-musée
1976 Troyes, Centre Culture
1977 Kenigstein (Allemagne) Galerie Lutetia 1978 Paris, Galerie Râ
1983 Lourdes, gemmail d'art sacré Paris, Galerie Râ
1987 Tours, Musée du gemmail

Marguerite Bordet – Peintre